January 25 - March 7, 2020

"À voix haute" / Camille Llobet group show at La Graineterie, Centre d'art de la ville de Houilles

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Avec Lawrence Abu Hamdan, Juan-Manuel Echavarría, l'Encyclopédie de la Parole, Myriam Van Imschoot, Steffani Jemison, Katia Kameli, Christine Sun Kim, Camille Llobet, Violaine Lochu, Newsha Tavakolian.

Commissariat Ninon Duhamel

 « La voix est décrite et située tantôt entre nature et culture, corps et langage, parole et musique, entre l'intimement personnel et le profondément social, symbole de la condition humaine et marque de l'identité individuelle (...) »1

Dès les premiers babillages, la voix s'exerce, se module et se transforme comme une matière malléable. Indissociable de l'enveloppe corporelle, elle émerge de contrées organiques et intimes, pour se faire l'écho de ce qui nous traverse. En Iran, depuis la révolution islamique en 1979, les femmes n'ont plus le droit de chanter en public en tant que solistes, à moins d'être accompagnées, voire recouvertes, par des voix masculines. Leur chant, considéré par les instances morales et religieuses comme un appel au plaisir des sens, est condamné au silence, confiné dans l'espace clôt et privé de la maison.
Si la voix peut faire l'objet d'une telle censure, à cause de son lien au corps et de l'émotion qu'elle déclenche, c'est qu'il s'y loge quelque chose qui la dépasse, et qui s'énonce à travers elle : avoir une voix, c'est exercer sa subjectivité.

« Donner sa voix à un candidat », « avoir voix au chapitre », « écouter la voix du peuple »... de nombreuses expressions dénotent cette analogie entre voix, parole et pouvoir. En ethnomusicologie, l'étude des phénomènes vocaux, des formes de chants, de cris, de clameurs pratiquées à travers le monde nous renseigne sur les rapports entre musique et société : quelle que soit la forme qu'il prend, le « geste vocal » revêt toujours une signification, une fonction sociale, symbolique, thérapeutique, religieuse ou politique.

Pour Claire Gillie, psychanalyste et docteure en anthropologie, « la musique de la voix fait signe avant même le langage »2 : par sa tonalité, son accent, son grain, son rythme, elle donne à entendre quelque chose de ce que nous sommes. Liée au corps, au geste et à la langue, elle est une empreinte, révélatrice de nos identités, de nos trajectoires individuelles, mais aussi de notre appartenance à une société. Qu'elle soit parlée ou chantée, murmurée ou criée, écrite ou traduite sous la forme de gestes, de signes et de mouvements, la voix est un outil de parole.

L'exposition À voix haute est une réflexion sur ce que la voix dit, ce qu'elle transmet, ce qu'elle signifie suivant les contextes, les histoires, les espaces. Du Raï algérien aux Yodles allemands, en passant par le Mime Gospel afro-américain, le babillage enfantin, le cri révolutionnaire, la langue des signes... cette exposition rassemble une diversité de formes vocales, documentées ou produites par des artistes internationaux, d'origines et de générations différentes. Leurs travaux abordent la voix comme un matériau, à la fois plastique et sonore, mais aussi comme un moyen d'expression où s'entrecroisent récit individuel et histoire collective. Sous la forme d'installations, de vidéos, de dispositifs sonores, de dessins et de partitions, les oeuvres réunies ici font résonner des problématiques culturelles, sociales et politiques.

1. Joëlle Deniot (dir.), Dire la voix, approche transversale des phénomènes vocaux, L'Harmattan, 2000, p. 14
2. Claire Gillie-Guilbert, Et la voix s'est faite chair... Naissance, essence, sens du geste vocal, in Cahiers d'ethnomusicologie (version en ligne), n° 14, 2001, p. 24

Visuel d'illustration : Newsha Tavakolian, Iran (détail), 2010 © Newsha Tavakolian / Magnum Photos
Visuel de l'article : Newsha Tavakolian, Portrait of singer Sahar Lotfi, Tehran, Iran (détail), 2010 © Newsha Tavakolian / Magnum Photos

 

LA GRAINETERIE